| Ces dernières années, on a considérablement, à raison, renforcé les droits des usagers faibles. Mais à force de tout faire pour que les usagers forts les respectent, ne leur a-t-on pas donné l’impression qu’eux-mêmes n’ont plus trop à se soucier de leur propre sécurité ? Cette question, elle est autant le reflet de mes constatations que des commentaires que j’entends ici ou là.
Pour donner quelques exemples concrets, on peut citer les piétons qui traversent à un passage pour piéton sans le moins du monde tenir compte du trafic en approche. Or, mourir sur un passage pour piéton ne rend pas la mort plus douce ! Ce n’est même pas sûr qu’on aura le droit avec soi car la priorité du piéton à un tel passage n’est pas absolue, j’ y reviendrai tôt ou tard…Et de toute façon, priorité n’est pas sécurité, on ne le dira jamais assez.
Un autre exemple, et c’est le thème de ce billet, est celui des cyclistes qui sont soudainement devenus daltoniens, puisqu’ils confondent entre elles les couleurs des feux de circulation.
Dans le même esprit que le billet sur le stop, nous avons filmé un carrefour bien connu de l’agglomération bruxelloise (Général Jacques - Couronne), et ce pendant 1h40 hors des heures de pointe. Le résultat est tout simplement hallucinant. Seule une minorité des cyclistes a le bon goût de respecter le feu rouge.
Et qu’on ne me dise pas que c’est sans danger, il y a toujours un risque important à couper le flux de circulation qui passe au vert. Un jour, dans cette situation, un cycliste que j’avais intercepté m’a sorti avec aplomb la réplique suivante : « je ne mets que moi en danger, qu’est-ce que ça peut bien vous faire que je passe au rouge… ». Du tac au tac, je lui ai répondu que je ne voulais pas être dans la peau d’un automobiliste qui a fauché un cycliste passé au rouge, car je n’en tirerais aucune consolation de me savoir en droit. Le cycliste n’a rien trouvé à me répondre…Et si vous voyez le petit montage que nous avons fait, vous verrez clairement qu’il peut aussi y avoir une mise en danger d’autrui, en l’occurrence d’une moto, autre usager faible qui risque gros en cas de chute.
Dans le montage, vous ne verrez pas (sauf un particulièrement impressionnant) les nombreux cyclistes qui arrivent à ce carrefour…en roulant sur le trottoir pourtant étroit à cet endroit. Les cyclistes sont pourtant les premiers à se plaindre quand les automobilistes se garent sur les pistes cyclables par exemple, pourquoi dès lors envahir l’espace des piétons ?
Alors, j’en entends déjà me dire que dans certains pays (Pays-Bas e.a.), la signalisation autorise parfois les cyclistes qui virent à droite à franchir un feu rouge en toute prudence. OK, mais dans ce cas précis, puisque la loi le permet, l’automobiliste sait à quoi s’attendre, cela fait toute la différence ! En attendant, en Belgique, un feu qui passe au rouge a toujours la même signification pour tout le monde. Et les amendes sont les mêmes pour tout le monde aussi : 100 euros à l’orange et 150 euros au rouge.
Pour terminer sur une note positive, je souligne que les associations qui défendent les cyclistes sont les premières à demander à ceux-ci de respecter le code de la route. Car elles ont compris que celui qui veut obtenir le respect doit lui-même se montrer respectable ! (lire par exemple http://www.provelo.org/spip.php?article235)
Bonne route !
Commissaire Olivier Quisquater |